A LIVRE OUVERT
Nous nous retrouverons pour échanger autour de
« Zéro faute », de François de Closets
un essai proposé par Pierre.
On ne présente plus François de Closets, journaliste et essayiste prolixe d’ouvrages scientifiques ou concernant des problèmes de société. Dans ce livre publié en 2009, il s’attaque à l’orthographe et à la syntaxe françaises, bien maltraitées selon lui. Mais pourquoi, se demande-t-il, suscitent-elles tant de passions ? Au terme d’une enquête auprès des meilleurs connaisseurs de notre langue, l’auteur retrace l’extraordinaire histoire du français et montre comment l’orthographe est devenue une quasi-religion d’Etat presque impossible à simplifier ou à moderniser.
Bonne lecture…
Nous avions choisi le roman de David Foenkinos « Tout le monde aime Clara »
Effectivement, tous les membres présents de notre club ont « aimé Clara ». Avec des réserves cependant.
Chacun a reconnu un style d’écriture fluide et efficace, un peu trop facile selon Simone et Christine. L’histoire de ce roman est distrayante, mais paradoxale. En effet, le surnaturel et le fantastique n’est pas concernant (Pierre).
Martine a beaucoup aimé ce livre parcouru par l’amour : amour parental, amour filial, amitiés. Et Clara est un peu le catalyseur de tous ces amours. Elle pousse les personnages à évoluer : sa mère Marie trouve un nouveau compagnon après sa séparation d’avec Alexis son père. Ce dernier peut enfin regarder sans culpabilité sa fille. L’écrivain Eric Ruprez, qui n’écrivait plus depuis quarante ans, retrouve le chemin de l’écriture et du monde vivant.
Tout ce petit monde, qui cherchait à tâtons un sens à sa vie, le trouve enfin grâce à Clara et à son don « clairvoyant ».
Ce qui a le plus intéressé Christine est la présence d’un atelier d’écriture et de son animateur Eric Ruprez. On peut voir dans cette présence, par la réflexion qu’elle impose sur le sens de l’écriture et le métier d’écrivain, le portrait indirect de l’auteur et de son questionnement : pourquoi écrit-on ? Quelle valeur donner à la création ?
En résumé, « Tout le monde aime Clara » est un roman émotionnellement efficace, accessible et agréable à lire. Cependant, l’histoire, à l’originalité limitée (selon Pierre et Simone) est assez prévisible, même parfois superficielle (Christine).
Nous avions choisi le texte de Franz-Olivier Giesbert « Voyage dans la France d’avant ».
Dans ce livre, l’auteur nous « invite à un voyage dans la France du XXème siècle, que j’ai vécue en partie aux premières loges comme journaliste, celle du redressement industriel et du triomphe de la variété française […] Je vous emmènerai aussi dans l’histoire plus ancienne, de la Révolution de 1789 à la Commune de 1871. […] Avec toujours la même question lancinante : mais qu’attend donc ce merveilleux pays pour se réveiller ? »
Telle était donc la promesse de ce voyage.
Promesse tenue selon la majorité de notre assemblée (un peu restreinte en ces premiers jours de printemps).
Trois parties ont été distinguées :
1) Le survol historique de la période de la Révolution à celle de l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir. Partie jugée trop longue et trop lointaine. Mais qui permet à l’auteur de trouver un terreau où s’enracinent selon lui nos « malheurs actuels ».
2) Une fresque du passé récent : modèle culturel, ambiance musicale (Dalida et Gilbert Bécaud), cinéma, personnages politiques et intellectuelles emblématiques… Le trio Sartre, Bourdieu, Lacan en prend pour son grade.
3) Une réflexion sur le monde actuel. L’auteur cherche à comprendre ce monde en déclin (selon lui) en passant en revue ses dérives : américanisation, individualisme, perte des valeurs « traditionnelles »
Le tout parsemé d’anecdotes personnelles, de rencontres hautes en couleurs qui rendent la lecture « fluide et souvent savoureuse » (Simone). Parfois un peu trop autocentrée.
Reste que ce « Voyage dans la France d’avant » a été pour plusieurs d’entre nous une sorte de « méditation mélancolique » (Simone), l’occasion de sourire à certaines citations encore très actuelles comme cette saillie de Georges Clémenceau relevée par Pierre : « La France est un pays extrêmement fertile, on y plante des fonctionnaires, il y pousse des impôts. »
Nous avons cependant regretté que ce voyage n’envisage pas du tout de l’évolution de la vie quotidienne, juste effleurée dans cette déclaration d’amour de l’auteur à la France : « Je suis amoureux de tout ce qui fait la France : la grâce de la langue, le charme ordonné des paysages, l’esprit critique, les prodiges de la gastronomie, la civilité, la gauloiserie, la nostalgies des gloires passées. »
Seul commentaire discordant : Christine a trouvé « cet essai bavard, radoteur, nostalgique jusqu’à la caricature parfois. FOG a vieilli et est très fatigué. Il décline, dans ce livre, toutes ses obsessions politiques et idéologiques en les recyclant d’un livre à l’autre. Il tourne en rond, et devient agaçant à force de citations, de références et de formules toutes faites. Sans oublier de se mettre en scène souvent avantageusement ».
Nous avions choisi « Isabelle, ci-devant baronne », roman historique de Jacques Hantonne
Pour rappel, résumé de ce roman.
Alors qu’elle est envoyée en mission en Amérique du Nord afin de les convaincre de la bonne foi des Français, Isabelle se retrouve poursuivie par un groupe d’Iroquois. Ils veulent sa mort.
Pendant cette traque effrénée pour leur échapper, Isabelle se souvient…
Après le périple qui l’avait menée des terres indiennes du grand Nord à la Nouvelle-Orléans et que tout lui souriait, (elle est devenue Isabelle Celeyrou de la Mancelière, baronne de Saint-Farges), Isabelle revient en France, ignorant que les germes de la Révolution se répandent…
Malgré ses titres et privilèges, toujours cavalière passionnée, elle restera « la Percheronne » !
Et il lui faudra voguer une nouvelle fois vers le Nouveau monde, à la recherche de Natane, sa fille adoptive. Ce doit être sa dernière chevauchée, sa dernière aventure…
Un roman d’aventure assez apprécié dans l’ensemble. Malgré une écriture très relâchée et une construction romanesque faible, les aventures enlevées d’Isabelle ont effacé un peu les défauts de ce récit. Mais il nous aurait fallu avoir lu les deux premiers tomes de cette trilogie (annoncée comme telle par l’éditeur) pour comprendre parfaitement les enjeux et les rebondissements de ce dernier tome.
Isabelle, femme courageuse s’il en est, traverse ainsi les premiers soubresauts de la Révolution dans l’Ouest de la France. Son histoire percute la grande Histoire. De la défense (physique) des paysans face aux Républicains jusqu’à son retour à Paris en passant par la construction et l’organisation d’un camp retranché et de son ravitaillement, Isabelle mène à bride abattue sa quête de retrouvailles avec sa fille.
Cette partie est sans doute la plus « solide » de ce roman, qui reste quand même loin de l’épopée.
René a trouvé cependant du plaisir à parcourir la campagne avec Isabelle. Il a attribué la note de 6/10 à ce livre.
Nous avions choisi Le Jardin anglais, de Charles Wright.
Comité restreint pour cette dernière séance du Club de lecture « A Livre ouvert ». Cela n’a pas empêché la discussion de battre son plein autour de ce récit de voyage à la fois géographique et familial.
Le narrateur (né d’un anglais et d’une française) entame, en compagnie d’un père qu’il connait peu, un voyage dans les campagnes anglaises à la recherche de ses racines familiales paternelles.
C’est donc à une quête de son identité que nous convie l’auteur, entre Beatles (Charles Wright nomme lui-même ce roadtrip The Magical Mystery Tour !), Hamlet et « merveilleux paysages » qui nous font immanquablement penser au jardin d’Eden.
Ce voyage a été diversement apprécié. René n’a pas trouvé une « histoire » dans ce récit. A quoi sert en effet de raconter publiquement des histoires de famille ? Mais faut-il seulement une « bonne histoire » pour faire un « bon livre » ? « Ces bribes de vie, fragmentaires et éparses, cette mémoire en lambeaux, n’est-il pas de mon devoir de les collecter, puis comme on reprise un vêtement troué, de les raccommoder dans un récit qui aurait les allures d’une liturgie littéraire ? Chaque livre contient l’histoire secrète de ce qui pousse à l’écrire et de ce qui l’empêche de l’achever. Après tout la littérature est aussi faite pour cela : emmailloter le chagrin dans du papier, draper du blanc linceul d’une page le visage des défunts. » (p.118)
Ce n’est pas que ça, souligne Simone. Ce livre « nous parle des Anglais moyens, de leurs habitudes, de leur mode de vie, de leurs goûts, contrairement à beaucoup de romans ou de films qui mettent en scène des Britanniques de l’aristocratie ou de la haute bourgeoisie (politique, financière ou policière), avec un train de vie toujours fastueux et grandiose ».
Nous faisons bien sûr le tour des cimetières où sont « cachés » les ancêtres et leurs histoires de vie, car partir à la découverte d’un père signifie rechercher ses origines. Et entre humour (anglais bien sûr !), réserve et poésie, nous participons de ce voyage familial, assez « touristique » dans les campagnes anglaises décrites de façon très picturale : « Les fenêtres à meneaux du vieux pub ouvrent sur un paysage de collines vertes et charnues. Nous sommes dans une toile de Constable. Devant nous, un pont en dos-d’âne enjambe poliment une rivière. Puis, derrière une enfilade de saules, un chemin s’enfonce dans des étendues de prairies où des moutons ruminent de l’herbe et du temps. » (p.43)
La relation entre l’auteur et son fils évolue au fil du périple et du récit : distante au début (l’auteur avoue connaître très mal son père) ; dans les premières pages, il ne l’appelle que par son prénom, Tom, ou écrit : mon père. Il ose même en page 18 le traiter de « pauvre diable ». Lien plus intime ensuite : ce père devient « notre héros ». L’auteur se sent de plus en plus proche. Il ressent un amour filial de plus en plus fort et même de l’admiration pour ce père qu’il connait peu (« Au fil du temps, je me suis forgé de lui [l’]image […] d’une homme effacé, enlisé dans le prosaïque et le quotidien, et pour qui l’existence, dénuée de toute poésie, ressemblait à une liste de courses. »Mon pauvre spectre », comme dit Hamlet de son propre père, me montre ici un autre visage. Dans le jardin anglais, quelque chose en lui se met à refleurir. Sous les couches de graisse et le poids des années, un homme athlétique et fringant s’anime de l’intérieur. C’est assez bouleversant : j’assiste en live à l’éclosion d’une autre personne. » (p.45). A noter cependant, remarque Christine, que si au début du livre ce père est « l’homme qui parle peu » (« Pourquoi était-il si peu doué pour la parole ? » p.13), à la fin du périple « mon père est resté l’homme qui ne parle pas. Mais cette grande pudeur, je sais maintenant, après ce voyage, qu’elle est à la mesure des sentiments que nous avons l’un pour l’autre. Et puis, dans les familles, certaines choses ne peuvent pas être dites. C’est aussi pour cela que l’on écrit des livres… » (p.233)
Chacun a apprécié un style excellent, fluide, qui rend la lecture agréable, même « jouissive » (Simone). Difficile de rentre compte en détail de notre discussion. Toute en sensibilité et en digressions. En cette chaude fin de juin, nous nous sommes rafraichis en nous promenant dans la campagne anglaise et dans nos souvenirs.
Deux livres étaient au programme, puisque nous avions deux mois de « battement » : La Plus précieuse des marchandises, de Jean-Claude Grumberg et L’Inconnue du portrait, de Camille de Peretti.
La plus précieuse des marchandises
Traité sous la forme d’un conte, poétique, quasi naïf, ce court récit délicat raconte l’histoire d’un couple de pauvres bûcherons qui recueille un bébé (juif) jeté d’un train roulant vers les camps de la mort pendant la Seconde guerre mondiale.
Chacun d’entre nous a apprécié à la fois la simplicité du style presque enfantin et la gravité du propos à la portée universelle.
Claudine a souligné le dernier paragraphe (p.102) qui clôt ce texte sur l’irréductible dignité humaine. « La seule chose vraie, vraiment vraie, ou qui mérite de l’être dans cette histoire, […] c’est qu’une petite fille qui n’existait pas, fut jetée de la lucarne d’un train de marchandises, par amour et par désespoir, […] aux pieds d’une pauvre bûcheronne sans enfant à chérir, et que cette pauvre bûcheronne, […] l’a ramassée, nourrie, chérie et aimée plus que tout. Voilà.
Voilà la seule chose qui mérite d’exister dans les histoires comme dans la vraie vie. L’amour, l’amour offert aux enfants, aux siens comme à ceux des autres. L’amour qui fait que, malgré tout ce qui existe, et tout ce qui n’existe pas, l’amour fait que la vie continue. »
Cette lecture a rappelé à Simone « La vie est belle », film de Roberto Benigni sorti en 1997. Elle a également mentionné le film d’animation qu’a tiré de ce conte Michel Hazanavicius (2024).
Quant à René, qui nous avait très, très chaudement recommandé ce livre, il a attribué la note de 8/10 à cette lecture. Merci René de nous avoir fait découvrir ce petit trésor !
L’Inconnue du portrait
Comme l’a bien noté Pierre, ce roman comble le vide laissé dans l’histoire par les tribulations du tableau « Portrait d’une dame » peint en 1910 par Gustav Klimt à Vienne et sa découverte en 2019 dans les jardins du musée d’Art moderne Ricci-Oddi à Piacenza (Italie) après avoir été volé en 1997. Les zones d’ombre ont donc été éclairées par le roman de Camille de Peretti, qui imagine aux termes d’une longue enquête quasi policière la vie fictive du modèle de ce tableau et de tous ceux qui au fil des années ont gravité autour. De façon très habile, l’auteure tricote la vie de personnages pittoresques et attachants de Vienne à New York passant par le Texas et l’Italie en mêlant art, histoire et fiction. Nous faisons plusieurs aller-retour dynamiques et plaisants entre Europe et Etats-Unis, entre le début et la fin du XXe siècle.
En adoptant une structure romanesque très éclatée, Camille de Peretti donne un rythme vif à son récit. Cependant, Christine a avoué s’être parfois un peu perdue dans cette narration chorale.
Simone a apprécié « l’inventivité sans limites de l’auteure, qui a trouvé le bon ton : ses dialogues sonnent juste et le rythme est bien soutenu ».
Françoise, comme Christine et Claudine, a un peu regretté l’absence de Klimt qui ne fait « qu’une apparition furtive dans le roman » mais « le mystère de l’inconnue du portrait nous tient en haleine tout au long de la lecture ».
En résumé, chacun(e) a passé un moment très agréable avec ce roman et ses personnages souvent touchants, parfois idéalisés.
René a donné la note de 7/10, preuve de son plaisir à vivre cette aventure avec Isidore, Lotte, et autre Pearl…
Les femmes du bout du monde, de Mélissa Da Costa
Petit résumé du roman.
À la pointe sud de la Nouvelle-Zélande, dans la région isolée des Catlins, vivent Autumn et sa fille Milly. Sur ce dernier bastion de terre avant le pôle Sud, elles gèrent le camping Mutunga o te ao, le bout du monde en maori. Autumn et Milly forment un duo inséparable, jusqu’au jour où débarque Flore, une jeune parisienne en quête de rédemption… Hantées par le passé mais bercées par les vents et les légendes maories, ces trois femmes apprendront à se connaître, se pardonner et s’aimer.
Cette fois encore, le roman choisi pour ce début de printemps a presque fait l’unanimité.
La majorité des membres du club ont affiché un fort enthousiasme pour cette lecture dépaysante et pleine d’émotion. « Ce livre n’est qu’amour », a commenté Simone. « Enfin, une vraie histoire », a affirmé René, qui a rappelé que depuis trois mois il n’avait pas trouvé « livre à son pied ».
Claudine a apprécié ce « voyage géographique et émotionnel » et la description très réaliste des paysages. Françoise également a aimé cette lecture en regrettant toutefois que la culture maori ne soit pas mieux détaillée.
Quelques longueurs cependant ont été relevées, ce qui rend la lecture un peu poussive parfois, comme l’a fait remarquer Claire, qui n’a « pas du tout aimé » ce roman. Mais la longue lettre écrite par Flore (la voyageuse) à son ex-mari est selon elle très intéressante car elle reconstitue, pour nous lecteurs et lectrices, le puzzle de sa vie. Cette lettre tranche sur le reste du livre par son écriture et son style plus dynamiques.
Christine s’est montrée encore plus réservée. Le manque de souffle, le caractère un peu flou des protagonistes ont rendu sa lecture sans intérêt pour l’histoire et les personnages. Elle n’a même pas pu terminer le livre : « J’avais l’impression de lire un roman photo. »
Cependant, plusieurs questions sont restées sans réponse dans le livre et par là même dans notre discussion. Au fil des pages, malgré son caractère bien trempé, Flore ne semble pas trouver sa place entre Autumn et Milly qui lui aspire toute son énergie en somme. L’équilibre entre les trois femmes n’est-il pas trop précaire ? Flore trouvera-t-elle enfin le bonheur ?
La note de René (qui peut enfin en donner une) : 8/10
La Traversée, de Philippe Labro
Une méchante bactérie, qui a attaqué son système respiratoire, a conduit, au début des années 1990, Philippe Labro dans le service de réanimation de l’hôpital Cochin à Paris. C’est le récit de cette hospitalisation entre inconscience et semi-conscience, entre hallucinations et cauchemars éveillés, le récit de son EMA (expérience de mort approchée) que nous fait partager l’auteur.
Une lecture diversement appréciée par notre club. Chacun a cependant reconnu le style fluide, voire élégant et parfois poétique de la description de son paysage mental fantasmatique.
Car Philippe Labro n’en fait pas trop dans le paranormal, le premier chapitre relate de façon simple l’apparition de ses « visiteurs » qui l’appellent à venir le rejoindre. Les forêts du Colorado lui reviennent en mémoire ainsi que les souvenirs des vertiges de ses randonnées parmi les sapins bleu-vert et vert-bleu. Mêmes vertiges provoqués par les médicaments et l’omniprésence entêtante et douloureuse de son respirateur qui le maintient en vie.
Au fil des chapitres, nous assistons à la « traversée » : traversée d’une vie riche en rencontres, en amitiés et en amours ; traversée d’un lieu : la « réa » avec ses infirmières, ses bruits, ses ombres ; traversée d’un corps : deux voix qui se battent pour décider du chemin à prendre au carrefour de la conscience ; traversée enfin des deux tunnels qui sans aucun doute mènent chacun de « l’autre côté » : le tunnel noir et ses fantômes maléfiques, le tunnel lumineux et ses accueillants bienveillants.
Au-delà du témoignage de son « expérience », Philippe Labro, avec des mots souvent simples mais justes, nous livre un « guide de survie en cas de séjour au bord de la mort ».
Les interrogations de l’auteur sur « l’après » resteront sans réponse ainsi que les nôtres. Mais ce récit autobiographique très intime peut éclairer le lecteur sur un univers mystérieux que l’on souhaite, en fait, le plus éloigné possible.
Belle Greene, d’Alexandra Lapierre
Quel travail de documentation ! Les recherches d’Alexandra Lapierre ont été saluées par tous les membres de notre club : pas moins de 34 pages (pp.493 à 526) plus 16 pages de photographies recensent les documents divers et variés consultés par l’auteure et les sources auxquelles elle a eu accès.
Ce qui donne un récit d’une richesse indéniable, et une « lecture agréable et intéressante », note Simone en ajoutant : « Ce livre se dévore avec autant d’étonnement que d’émotion. »
Le parcours de Belle da Costa Greene nous a tous touchés. Avec cependant quelques nuances. Car prendre son destin en mains et tracer sa route sans faire de sacrifices (familiaux, amoureux…) n’est pas chose aisée. A fortiori dans une société raciste et élitiste comme l’était celle des Etats-Unis des années 1900.
Françoise n’a pas du tout aimé le personnage : « Elle se comporte comme un vrai dictateur vis-à-vis de sa famille et de son environnement professionnel. » En revanche, elle a beaucoup appris sur le monde des livres et de l’art en général à travers les « chasses » entreprises par Belle pour enrichir la bibliothèque et la galerie d’art de J.P.Morgan à New York.
Simone n’est pas aussi sévère. La réussite et la revanche de Belle sur le racisme de l’époque ne pouvait que lui « coûter le douloureux reniement d’une part d’elle-même ». Même si elle s’étourdissait dans les salons, les théâtres, les liaisons et les voyages professionnels ou pas, Belle était condamnée « en permanence aux tourments et même à la peur pour la moindre indiscrétion sur ses véritables origines ».
Claudine a vu dans cette femme brillante et audacieuse une force incroyable, une ambition démesurée. Et a souligné également le talent d’Alexandra Lapierre pour restituer une époque et la société dans laquelle Belle était parvenue à se faire une place en ayant caché sa véritable identité de femme noire.
Christine a avoué s’être ennuyée à circuler dans les nombreux récits de ventes aux enchères. Elle a trouvé que le dilemme de Belle, écartelée entre ses origines et sa volonté de réussite, n’était pas rendu avec autant de « muscle » que ses affres amoureuses.
Le point historique a comme d’habitude été fait par Pierre. « Alexandra Lapierre met en lumière le fait que la loi sur l’abolition de l’esclavage de 1865 fut contournée par les effets pervers des lois dites Lois Jim Crow sur la ségrégation raciale de 1876 à 1964. Il a fallu attendre le 12 juin 1967 pour que soit abrogée la loi interdisant le croisement racial. »
En conclusion de notre échange : une lecture plutôt agréable, un récit très documenté, qui éclaire sur une époque où la ségrégation raciale organisait la société américaine, aussi cultivée et raffinée soit-elle.
Sur la notion de « passing » (transgresser la loi et se faire passer pour blanc, acte réprimé jusqu’à juin 1967 par une lourde peine de prison, voire par la potence), nous conseillons le roman « La Tache » de l’américain Philip Roth, publié en 2000 et paru en français en 2002. Ce roman a été adapté au cinéma en 2003 sous le titre français « La Couleur du mensonge » (The Human Stain, en anglais). Réalisé par Robert Benton, il met notamment en scène Anthony Hopkins et Nicole Kidman.
A (re)lire également le roman de Vernon Sullivan (Boris Vian) « J’irai cracher sur vos tombes », publié en 1946, qui a connu bien des déboires.